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05.03.2007
Questions sur être salarié d'une ML...
La convention collective nationale est un progrès, un cadre indispensable aux employeurs et salariés des Missions Locales. Sa construction basée sur les compétences et non sur le simple diplôme est une garantie de la pluralité des profils des salariés recrutés. Un cadre trop enfermant ou une interprétation trop étroite de la CCN pourrait être un risque de « formatage » dans le recrutement. Si par ailleurs il existait une formation type ou reconnue comme tel de conseiller en ML, cela risquerait de nuire à notre diversité.
Ce que je ne souhaite pas, c’est un recrutement basé sur le concours administratif. Certes, ce mode de sélection est censé garantir l’égalité républicaine : il est anonyme et identique pour chacun.
Mais quelles sont les motivations des passeurs de concours ? Combien de mes amis travaillent à l’ANPE ou sont instituteurs parce qu’ils ont réussi un concours parmi tant d’autres ? Pour aller au bout de ma pensée, un salarié de ML doit rester dans le cadre d’un contrat de travail de droit privé, ce qui permet de préserver la diversité des origines des salariés et l’autonomie, l’indépendance du recrutement par l’employeur. Bien sûr, il y a toujours un risque de népotisme. Comme ailleurs, non ? Pas plus. Non, pas plus qu’à l’oral qui suit l’écris au concours.
2. L’avenir du salarié
J’ai un ami qui vole. En avion. Il est pilote amateur. Voilà ce qui se dit dans le milieu des pilotes : « Il n’y a pas de bons pilotes. Il n’y a que des vieux pilotes. » En est-il de même pour les salariés des ML et en particulier des conseillers ? Je veux dire comment vieillit-on comme conseiller ? Est-ce un métier qu’on peut faire toute sa vie ? Y a-t-il une vie après la ML ? A partir de quel âge ? Reste-t-on conseiller jusqu’à la retraite ? Le contact quotidien auprès des jeunes est-il source de jouvence ?
La formation tout au long de la vie est un des éléments de réponse possible.Tiens, rêvons (ou cauchemardons ?), pourquoi pas des emplois réservés pour des vieux jeunes conseillers ? Pour services rendus à la Nation !
Le mélange des générations, la mixité des origines au sein des ML, telles que j’ai pu les observer, sont une richesse de notre réseau. Cette richesse permet des évolutions, des changements de carrière, des réorientations au cours de nos vies professionnelles. Ces parcours sont possibles par un accès à la VAE , à la formation tout au long de la vie. Reste à les rendre plus faciles et reconnus afin de permettre des pas de côtés, des respirations et de la perméabilité dans le champ professionnel.
3. Le conseiller en dehors de sa ML
Je suis conseiller dans ma ML. Je ne le suis plus quand je fais mes courses ? Non, bien sûr, au sens où je ne fais pas d’entretien dans les rayons. Mais je croise quand même des jeunes qui viennent me voir, à qui je parle, dont je prends des nouvelles. Et le lendemain je vais peut être mettre P3 à jour de ces infos !
Je suis conseiller dans ma ML. Je ne le suis plus quand je rencontre mes amis ligueurs au sein de la Ligue des Droits de l’Homme ? Si, bien sûr, je parle de ma place, à partir de mes expériences professionnelles et personnelles.
Je suis conseiller dans ma ML. Je ne le suis plus quand on me sollicite pour devenir membre de l’association de chantier d’insertion du coin, avant de me proposer le poste de trésorier ? (Y’a toujours un piège…) Si bien sûr, c’est aussi en ma qualité de conseiller que l’on m’a approché.
Je suis conseiller dans ma ML. Je ne le suis plus quand je rencontre sur le marché l’élu de mon village ?
Etre conseiller, c’est donc une part de ma globalité sociale.
Mais cette globalité ne prend elle pas tout son sens par un engagement citoyen en dehors du cadre professionnel, engagement le prolongeant, le complétant et le nourrissant ?
Autrement dit, peut on n’être que conseiller ?
Oui, c’est déjà suffisamment usant de travailler toute la journée auprès des jeunes en difficultés, alors pourquoi aller en plus se commettre dans diverses associations ? Certes. Aucune obligation, encore heureux !
Mais un souhait : sans être un sacerdoce, être conseiller c’est être citoyen, c’est aussi agir à sa façon dans sa vie quotidienne, une fois la porte de la ML fermée. Peut être à la façon de hussards noirs du 21ème siècle ? Hussards sans Ecole Normale mais avec un sens aigu de l’esprit de citoyenneté et de la République.
4. Dis, c’est quoi une Mission Locale ?
Une fabrique de citoyenneté, un métier à tisser à l’échelle de la République. A tisser du lien social, en croisant les trames des âges, des origines, des aspirations, des désirs, des rêves et des blessures d’hommes et de femmes en devenir. Jeunes et salariés.
5. Décentralisation
La France est une république indivisible, démocratique, laïque et sociale. Elle est aussi décentralisée (depuis l’acte II en 2003) dans son organisation.Etant géographiquement Girondin, j’aurai aussi tendance à l’être philosophiquement. Avec les notions de libertés locales, de droit à l’expérimentation et de rapprochement des centres de décision des citoyens.
En 2004, le programme CIVIS n’a pas été décentralisé aux Régions. Le rapport n° 256 du Sénat (21 février 2007) sur les nouvelles missions de l’élu local dans le contexte de la décentralisation nous éclaire sur les difficultés de mise en œuvre de l’Acte II.
La décentralisation ne peut se faire sereinement qu’avec
1 - les transferts de charges correspondant à la réalité.
2 - la non superposition des dispositifs et des fonctionnaires d’Etat et territoriaux.
L’accompagnement des jeunes n’est pas une fonction régalienne de l’Etat. Cependant, n’oublions pas que la République est indivisible, elle n’est pas une fédération de Régions par exemple.
Les Missions Locales sont constituées en réseau national, inscrit dans le code du travail. La convention collective qui les régit est construite sur le paritarisme et le dialogue social entre les corps constitués représentant les employeurs d’un côté et les salariés de l’autre.
Est-ce souhaitable qu’elles soient entièrement décentralisées au Régions ? La question mérite d’être posée.
Cédric, ML du Médoc
17:10 Publié dans Contribution | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Cher collègue,
Je me permets de tenter de donner une réponse à votre dernière question: Est-ce souhaitable que les missions locales soient entièrement décentralisées au Régions ?
De mon point de vue je pense que non. Les Missions locales en tant que telles pourraient être décentralisées à la condition qu'elles perdent leur personnalité juridique. Cela signifierait que les Missions locales deviennent un service de la région. Elles ne seraient plus ces organisations regroupant l'ensemble des partenaires qui agissent directement ou indirectement auprès des jeunes. Pour résumer les Missions locales n'existeraient plus avec toutes les conséquences en matière de services rendus aux jeunes, d'innovation.
Par contre on peut se poser la question de la prise de la compétence par les régions de la thématique de l'insertion sociale et professionnelle des jeunes de 16 à 25 ans. Cette compétence est essentiellement celle de l'Etat aujourd'hui. Les régions agissent dans ce domaine par le prisme de la formation professionnelle.
Les niveaux territoriaux sont complexes. Ils vont du territoire de proximité à l'Europe en passant pas l'Etat. Pour ma part je pense que la région est un bon niveau. Il est situé entre l'Etat et l'Europe d'un côté et les départements et les regroupements de communes de l'autre.
Quid de la thématique qui nous intéresse? Cela me semble possible et pertinant à condition que les régions respectent l'identité des acteurs en particulier celle des Missions locales. L'intérêt de cette prise de compétence par les régions réside dans leur capacité à agir dans le domaine de l'insertion sociale et professionnelle en s'appuyant sur les acteurs qui agissent dans ce domaine. Elles pourraient avoir les moyens de négocier avec l'Etat et l'Europe et la possibilité d'inciter les départements et les regroupements de communes à agir de manière complémentaire. Les régions deviendraient les animatrices des institutions publiques sur la thématique de l'insertion sociale et professionnelle des jeunes de 16 à 25 ans.
Cela n'a pas pour conséquence la disparition des Missions locales qui pourraient agir de manière concerté avec les régions.
Nos organisations pourraient participer au développement du territoire mené par les régions avec qui elles élaboreraient des contrats d'objectifs négociés.
Voici une tentative humble de réponse à cette question.
Ecrit par : Patrice Manuel | 13.03.2007
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