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26.02.2007

Contribution à la recherche-action collective du Synami

La (…) recherche action collective (…) est intéressante à plus d'un titre. En effet, au delà de la production d'un savoir, cette démarche crée une sorte d'enthousiasme chez certains salariés qui commençaient à désespérer de l'évolution de leur métier. (…) ils ont l'ambition de contribuer au changement. Le cadre méthodologique apporté par B. Schwartz et G. Sarazin, l'organisation mise en place par le Synami et l'implication réelle et sérieuse des salariés devraient contribuer à la réussite de la démarche. Cependant, la mobilisation de l'ensemble des acteurs politiques du réseau sera déterminante pour que cette action soit suivie d'effets tant pour les jeunes (…) que pour les équipes (…).

Construire une vision commune de l'avenir

Cette recherche constitue pour les ML une occasion de construire une vision commune de leur avenir. Dans un contexte d'incertitudes permanentes, il nous est offert la possibilité de concevoir le changement. (…) de se mobiliser pour faire part de point de vue si peu souvent sollicité, (…). C'est dans ce cadre que j'apporte ma contribution, d'une part en répondant aux quatre questions posées et d'autre part en faisant part de quelques réflexions en tant que « vieille » salariée et militante syndicale.

Réponses aux 4 question qui cadre et résume la recherche action

En terme d'action pour l'insertion des publics

·         1 – ce que je fais de positif, qu'il faut maintenir et développer :

§         Un accompagnement basé sur l'approche globale

§         L’accueil, l’information, l’orientation et l’accompagnement des jeunes

§         L’accueil basée sur la convivialité : les jeunes se sentent bien reçus

§         La conception et mise en oeuvre de projets pour le public

·         2 – ce que je pourrais faire, penser à faire et que je ne fais pas

§         Associer les jeunes à l'élaboration des projets

§         Etre plus réactifs aux besoins des jeunes

·         3 – ce que je ne voudrais pas faire :

§         Accueillir tout public

§         Un accompagnement strictement professionnel

§         L’Accueil de « numéros »

§         Assurer un « assistanat » permanent,

§         Faire plus de travail administratif

§         Etre un « agent » d'insertion

§         Passer du temps à se « justifier » devant la direction

§         Ne pas recevoir ceux qui sont les plus exclus (SDF)

·         4 – ce que je voudrais faire :

§         Relever « le nez du guidon » et être associée, avec l'ensemble des conseillers à l'évaluation de notre activité.

§         Etre un véritable « acteur » d'insertion.

§         Faire un travail approfondi sur la connaissance du public et ne pas me contenter du « bout de ma lorgnette ».

§         Engager de manière permanente cette démarche de recherche action collective qui nous permettrait de « prendre de la hauteur » et de dépasser les relations de pouvoir qui nuisent au bon fonctionnement du réseau.

§         Contribuer de manière plus approfondie à la sécurisation des parcours des jeunes (aides financières et organisation de parcours).

L’autonomie du réseau d'insertion des jeunes :

Il peut être intéressant d'observer le réseau à travers les concepts de projection et d'adaptation (…) de Jean Vassilef (…). Selon J. Vassilef, la projection correspond à l'« extériorisation d'un système de valeurs auto-finalisé par lequel le sujet donne du sens à ses actes (…) à partir de ses propres valeurs et conceptions ». L'autonomie n'étant pas seulement la capacité à s'administrer seul dans un environnement qui change, une personne autonome est quelqu'un qui est dans une démarche dominante de projection.

Aujourd'hui les ML ont-elles abandonné leurs propres valeurs et leurs propres conceptions de l'insertion des jeunes pour s'adapter aux sollicitations des financeurs (…)? La question de l'autonomie des ML pourrait paraître déplacée tant leur vie dépend de moyens qu'elles ne produisent pas. Mais, dès leurs conceptions, cet état de dépendance financière était également une réalité et cependant elles affirmaient une sorte d'autonomie dans (…) l'insertion des jeunes, (…) l’accompagnement du public et dans la construction des politiques locales d'insertion. Alors pourquoi ont-elles perdues la capacité à s'affirmer, à prendre le pouvoir sur leur environnement, à faire valoir leurs propres valeurs? Certains diront qu'elles se sont institutionnalisées, que les salariés se sont « fonctionnarisés », que les coordinations d'acteurs ont disparues avec l'arrivée au pouvoir des directions, que la gestion administrative et financière a détrôné l'animation et l'innovation, que les acteurs politiques s'enferment dans des luttes de pouvoir (…), que les jeunes sont dans des logiques de victimes... Et pourtant parmi tous ces acteurs, on en trouve toujours qui (…) sont près à rallumer la flamme.

Observation des jeux d'acteurs à travers l’exemple de l’allocation CIVIS:

Le cas de l'allocation CIVIS est un bon cas d'étude pour analyser ce qui se passe actuellement dans le réseau des ML. (…). On peut, à travers cette expérience, observer comment les conseillers réagissent aux directives contradictoires (… des "directions" ou des DTEFP). On peut aussi s'indigner (…) de la manière dont les instances politiques des ML s'inclinent devant un gouvernement qui ne tient pas ses engagements.

En effet, la circulaire du 19 mars 2005 est suffisamment explicite sur les critères d'attribution de l'allocation interstitielle dont l'objectif est la sécurisation des parcours des jeunes. La mise en oeuvre de cette allocation telle que définie dans les textes laisse une part de responsabilité pédagogique à chaque conseiller. Le fait de ne pas être des "agent d'exécution" de directives qui nous dépassent ou de ne pas se cacher derrière des commissions qui décident à notre place nous rend plus respectables devant le jeune citoyen que nous avons en face de nous et nous inscrit dans cette démarche d'éducation à la citoyenneté. De plus, avec P3, quelques clics, (…), suffisent à faire la demande de l'allocation. Enfin, pas de lourdeur administrative !

Dans les faits les enveloppes ne suffisent pas. A qui la faute? Aux politiques qui ont fait sciemment des effets d'annonce sur cette allocation sans être en capacité de satisfaire aux engagements, aux techniciens du ministère qui n'ont pas su évaluer le coût réel de l'engagement (50% des entrées CIVIS à 900 € par an, avons-nous le compte?), aux ML qui distribuent cette allocation comme un "droit"? (…) Les (…) engagements (…) me semblent aujourd'hui non tenus.

(…) du côté des ML, nous observons de grandes disparités entre les structures et à l'intérieur des structures entre les conseillers. L'objectif d'égalité de traitement nous oblige à regarder de plus près nos pratiques et de les harmoniser. Et c'est ce à quoi s'emploient les ML où il est permis de prendre du temps pour analyser les pratiques professionnelles. De plus avec les rapports que nous pouvons faire avec Businnes Object-BO à partir des extractions de P3, nous pouvons observer ces pratiques de manière objective. Ainsi nous observons des moyennes d'attribution d'allocation CIVIS de (…) 600 € à 300 € par jeune (…) dans une même structure. Les différences entre structures sont du même ordre. L'harmonisation semble nécessaire. Cependant si nous faisons le calcul des moyennes d'allocation attribuées aux jeunes, nous sommes loin des 900 € annuels attribués à la moitié des jeunes dans CIVIS. Sur le mois de janvier à la ML de Redon, nous avons attribué moins de 25 euros par jeune présent sur le programme et pourtant nous avons consommé le 7ème de l'enveloppe annuelle qui nous a été attribuée.

La manière dont la Bretagne s'est organisée pour gérer la pénurie en dit long sur la capacité du réseau à porter les questions essentielles lorsqu'il s'agit de l'insertion des jeunes. En effet, les directeurs, malmenés par la DRTEFP , ont passé commande à un groupe de travail régional  -(…)- pour déterminer une procédure commune d'attribution de l'allocation interstitielle. (…) Le groupe de travail (…) a collaboré à produire un texte, (…) pour la plus grande joie des fonctionnaires de l'Etat qui n'ont plus à gérer la pénurie puisque les ML se sont soumises. Pouvaient-elles faire autrement ? Je pense que nous aurions dû nous mobiliser ensemble, les salariés, les directeurs, les élus, non pas pour gérer des enveloppes trop faibles (…), mais pour poser véritablement la question de la sécurisation des parcours des jeunes. Dans ce cas, les ML se sont "adaptées" à la pression (…), elles ont rédigé un nouveau texte où il est question de commissions (ce sont les ML dans ce cas qui favorisent la lourdeur administrative), de ressources des parents (la circulaire n'en parle pas). Je suis attristée par le fait que des conseillers aient pu, en toute innocence, contribué à ce texte.

En ce qui me concerne je trouve, que c'est un scandale (et seul le Synami, par la place majoritaire qu’il occupe, et parce qu’il porte aussi un discours sur le sens de notre travail, peut et doit le dénoncer). Car derrière, c'est aussi la précarité de l'emploi qui nous empêche de "sortir les jeunes en emploi durable". C'est la pauvreté de certains jeunes qui galèrent et pour lesquels la "sécurisation" de leur parcours avec le peu que leur apportait l'allocation CIVIS avait un début de concrétisation.

Par ailleurs, les objectifs de montant à ne pas dépasser par conseiller relève de la gestion à la petite semaine, c'est pitoyable et cela se dénonce. Avec BO et Parcours 3 nous pouvons faire mieux, notamment analyser de manière fine les difficultés et les situations des jeunes dans le programme CIVIS et faire remonter leurs besoins plutôt que faire des tableaux de surveillance des conseillers et de leur activité.

Nous avons un travail de réflexion et de propositions à faire pour favoriser la sécurisation des parcours des jeunes. Nos directions devraient nous mobiliser sur ces questions et non pas nous obliger à faire des « commissions d'attribution » des aides financières et passer son temps à contrôler les moyennes attribuées par conseiller.

Contrôles ou évaluation ?

Les notions d'évaluation et de contrôles me semblent importantes à travailler aujourd'hui pour avoir une position claire à la fois sur les questions de management (combien de directeurs sont dans un "a priori de défiance"  à l'égard des conseillers?) et sur les problématiques des jeunes (savons-nous rendre compte réellement et objectivement de la complexité des situations des jeunes et du coup sur les contributions des ML à l'insertion des jeunes?).

Philippe Labbé, (…), disait, (…), que « notre cohésion sociale a besoin de professionnels-acteurs plus inspirés par l’esprit de l’engagement, de l’éducation populaire, que des agents disciplinés appliquant un service « protocolisé » au maximum et humain au minimum". Entre « agent » et « acteur » le choix n'est pas évident pour l'ensemble des salariés des ML. En effet, là encore avec la mise en oeuvre de l'allocation CIVIS, on observe que certains salariés veulent des protocoles clairs à appliquer, rassurants et sans engagements de responsabilité de leur part. Je reconnais que les conseillers doivent être soutenus dans leurs pratiques quotidiennes, en particulier sur les questions des aides financières attribuées aux jeunes, mais ce n'est pas en instituant des procédures et en ajoutant des critères aux critères que nous devons organiser ce soutien. Et, en ce qui me concerne, je souhaite que soit préservé la capacité des conseillers à prendre des décisions compte tenu des situations particulières de chaque jeune. Par ailleurs, si nous devenons des agents d'exécution nous perdrons notre capacité à innover.

La question de l'évaluation et de l'efficience de l'activité des ML mérite cependant d'être posée, même si nous sommes persuadés individuellement que notre action quotidienne a un impact positif sur le parcours des jeunes que nous recevons.¨Pourrait-on faire aussi bien avec moins d'argent? Pourrais-t-on faire mieux avec le même argent? L'analyse de la répartition des tâches dans les missions locales ferait apparaître de grande disparité entre le poids des activités d'accueil, d'accompagnement, celui des activités administratives et celui des activités d'innovation (et donc de recherche) et de contribution au développement local. Aujourd'hui certains de nos financeurs ne se posent pas la question de la lourdeur des tâches administratives (qui pourraient être réduites par une organisation adaptée) mais veulent nous retirer nos activités de recherche et d'innovation.

Comment construire de nouveau indicateurs qui tiennent compte de  données qualitatives ?

P. Labbé invite « les instances nationales en charge de l'intérêt général à se coordonner » et à dépasser « le modèle du prêt-à-penser évaluatif ». A notre charge, les salariés des ML, de construire de nouveaux indicateurs. (…). Et là le rôle des syndicats me semble primordial (…). Par ailleurs, l'efficience se mesure au regard des objectifs. Or tient-on suffisamment compte du contexte? En effet, comment atteindre des objectifs d'emploi durable quand 70% de l'offre d'emploi est précaire? L'évaluation des ML est rendue complexe également du fait que ce n'est pas seulement l'activité dite technique qui devrait être évaluée mais également l'intervention des politiques (du CA)?  

Le contexte politique, avec la préparation des élections à venir, me semble propice à nourrir la réflexion et à dépasser les murs des ML. Afin que cette effervescence soit productive nous devons veiller à occuper les espaces d'échanges sur le sujet et à faire part de nos observations localement aux élus des Conseils d'Administration des ML et aux candidats aux législatives.

Février 2007, Roselyne Guihard

Qu’est-ce qu’un « bon » conseiller en insertion ?

Qu’est-ce qu’un « bon » conseiller en insertion ? A contrario comment repère t-on un mauvais conseiller en insertion, quelqu’un qui serait dangereux pour les jeunes par exemple, et comment distinguer les bonnes pratiques des mauvaises ? Autant de questions qui tournent autour de l’évaluation et qu’on évite souvent d’aborder en ces termes ; pour l’instant quant on interroge les conseillers sur l’insertion des jeunes,  notamment lors du moment clef des entretien annuels ce n’est pas  « comment ? » mais « combien ? » !

En l’absence de travail sur l’évaluation celle-ci ne se fait malheureusement que sur le placement à l’emploi et autres critères quantitatifs. Plus grave cela ouvre également la porte à tous les éléments d’appréciation subjectifs et souvent manichéens qui varient selon les contextes, les directions ou la loi de la majorité (exemple : si on est le seul à tutoyer les jeunes dans une équipe ou tout le monde les vouvoies on sera le mouton noir et inversement...)

Une reconnaissance du métier de conseiller ne peut se passer du travail sur l’évaluation des pratiques et la recherche d’indicateurs qualitatifs à l’évaluation. Ceci pour éviter, qu’a terme, Parcours 3 demeure le seul outil d’évaluation du travail du conseiller.

Serge R

20.02.2007

Et les jeunes ?

Et les jeunes, le coeur de notre travail et notre raison d’être ?

 

Il ne peuvent être absent de cette action qui interpelle nos pratiques et nos missions, mais il est difficile et délicat de les interroger sur nous même, en tant que professionnel, médiateur et institution, sans mesurer les risques de manipulation, distorsion ou sélection, inconsciente ou de fait.

C’est pourtant un risque qu’il faut courir, sous peine de se résigner à l’absence de la parole des sujets sans lequel ni nos structures, ni nos métiers n’ont de justification. Bertrand Schwartz et Gérard Sarazin sont donc « monté au front », non sans quelques précautions, comme exclure le maximum d’adultes possibles, à notre grand désespoir. Nous avions proposer de filmer cette rencontre, vous voyez la belle image, le « Père des ML », et son fidèle complice,  25 ans après, dialoguant avec des jeunes de 25 ans (et moins). Bertrand et Gérard ont bien évidemment totalement exclu notre tentative de faire ainsi passer un jour la Recherche/Action au journal de 20H00, et nous ont renvoyé à l’étude de leur travaux dans la revue « Pour », « construire une pensée collective pour l’action » (en lien à droite ), où chacun pourra et devrait lire ce qui différencie la médiatisation, sans espoir, de l’auto-médiatisation, outil innovant qu’ils nous proposent pour aider au surgissement de la parole (et de la dignités), permettant de poser les vraies problèmes, ce qui reste encore le meilleur espoir de les résoudre.

 

D'ailleurs, pour vous donner un peu l'envie d'aller vous plonger dans les "théories" de B.Schwartz, qui sont d’abord des pratiques pour l’action, Quitterie Delanoë, de la ML de Sevran, a réalisé une note de lecture sur le livre que Louise Lambrichs consacre au parcours de Bertrand Schwartz (voir les liens colonne de droite).  

 

Pour revenir à "nos" jeunes (il y en aurait des choses à dire sur ce "nos" que nous utilisons tous...); Bertrand et Gérard sont donc allé dialoguer, toute une après-midi, avec une dizaine d'entre eux, pas vraiment « facile », d'un quartiers de la ville de Trappes, en banlieue parisienne, vraiment en difficulté (les jeunes et les quartiers). Cela ne prétend pas être représentatif, ou alors peut-être d'une part de nos jeunes les plus "difficiles", cela à été « rude" et sans concession, mais se sont des paroles qu’ils nous faut entendre, avec nos parts de réussites, mais aussi de difficultés, de limites, et parfois d'incohérences.

Malgré les « précautions » de Bertrand et de Gérard , nous avons tout de même réussi à "voler" quelques photos, avec la complicité de l'équipe de St Quentin en Yvelines, qu'il faut remercier pour avoir permis cette rencontre. Une seconde rencontre est en cours d'organisation, nous publierons les compte-rendu de ces deux rencontres en même temps.

Vous trouverez également comme nouvelle note le compte-rendu de la réunion régionale de Lyon.

S. Papp

B. Schwartz et G. Sarazin avec des jeunes de Trappes (78)

                                                                                                                                                     

medium_Image3.5.jpgBertrand Schwartz et Gérard Sarazin à l’écoute des jeunes à l’antenne de Trappes de la Mission Locale de St Quentin en Yvelines. et des Environs, mercredi 7 février 2007.

 

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Une dizaine de jeunes (sur 18 invités), filles et garçons, suivis depuis longtemps ou depuis deux mois, ou trop vieux pour être encore suivis, en CDD ou en CDI, en formation, ou en recherche d’emploi, satisfaits et / ou mécontents des services de la ML, se sont exprimés pendant près de 3 heures.

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Après cet échange avec les jeunes, Bertrand Schwartz explique à la Présidente, Mme C.Vilain, aux membres du Bureau et aux professionnels de la MLSQYE le sens de la recherche-action menée et la richesse de ce que les jeunes ont à nous dire.

 

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Bertrand Schwartz et derrière lui, Guy Malandain, Maire de Trappes et des salariés de la MLSQYE,  en train d’écouter Gérard Sarazin (hors photo) évoquer leurs échanges avec les jeunes.                                                                                                                                                                      

L’invention sociale. A l’écoute de Bertrand Schwartz

Cet ouvrage retrace le parcours de Bertrand Schwartz en s’appuyant sur des entretiens enregistrés que l’auteur, Louis Lambrichs, a mené auprès de lui, assorti de ses commentaires et réflexions. Elle présente et analyse la méthode utilisée par Bertrand Schwartz au cours de ses différentes expériences : l’Ecole des Mines, la Préfecture de Bordeaux, le Conseil de l’Europe, les Missions Locales, l’association « Moderniser sans exclure », les automédiatisations, les « Nouveaux Services Emploi Jeunes »... Le récit de ces expériences et les explications apportées par Bertrand Schwartz sur sa méthode, le contexte dans lequel s’est inscrit chacun des travaux qu’il a mené, permettent de mieux comprendre l’étendue de ce qu’il a apporté dans le champs de la formation, de l’insertion et de l’organisation du travail et de ce qui fait l’intérêt et l’originalité de son approche : l’écoute et l’élaboration collective. En parcourant ce livre, on comprend progressivement pourquoi ses travaux restent si peu connus du grand public mais également des professionnels de la formation et de l’insertion : les enjeux pour notre société sont considérables : ils montrent à quel point le partage du savoir, et l’accès au savoir par tous, et notamment par ceux qui en sont le plus éloignés, de par leurs conditions de vie, catégorie sociale…, est en fait un enjeu de pouvoir. Si d’autres auteurs ont développé ces théories, on perçoit l’énergie considérable que Bertrand Schwartz a dépensé toute sa vie pour le démontrer aux politiques, aux institutionnels, aux professionnels en inventant sans cesse de nouvelles démarches.

Si les missions et les contextes dans lesquelles ces différentes expériences s’inscrivent, diffèrent, sa méthode est toujours la même : effectuer un état des lieux en impliquant l’ensemble des personnes par une « recherche – action collective ». Il considère en effet que c’est le moyen le plus efficace de faire évoluer un système. « Cet état des lieux est constitué d’interviews, d’un rapport et d’une discussion sur le rapport » (p.59). Deux domaines nous touchant au plus près nous ont particulièrement intéressés : la formation professionnelle et la création des missions locales.

La formation professionnelle

Le travail qu’il a mené à l’Ecole des Mines, le rapport qu’il a rédigé pour le Conseil de l’Europe,… illustre ses conceptions de la formation. Dès le départ, ce qu’il vise, « c’est à faire passer celui qui se forme d’un rapport de soumission au savoir à un rapport d’appropriation » (p.31). Son objectif est de « donner à la formation du sens dans la perspective d’une vie professionnelle et sociale, conçue comme une dynamique dans laquelle apprendre devrait devenir une habitude permanente » (p.72). Ainsi, l’analyse de Schwartz montre qu’en matière de formation des adultes, « le savoir n’est jamais neutre ». Si éveiller le désir de se former est possible, cela suppose d’articuler la formation à la vie réelle, non seulement professionnelle mais sociale et politique. Ainsi, il s’appuie sur cinq principes fondamentaux : ne pas se contenter de savoirs et savoir-faire, mais donner l’envie d’apprendre et développer la capacité de raisonnement ; développer l’autonomie ; développer les dons et favoriser l’épanouissement et la créativité ; égaliser les chances en aidant davantage ceux qui rencontrent plus de difficultés ; développer le travail avec les autres.

Les missions locales

En 1981, à la demande de Pierre Mauroy, il élabore avec son équipe le rapport qui est à l’origine de la création des missions locales et des PAIO. Puis nommé « Délégué du premier ministre à l’Insertion sociale et professionnelle des jeunes en difficulté », il poursuit son travail auprès des missions locales. L’idée directrice des missions locales était « d’aider les jeunes à passer d’une logique de l’échec à une logique de motivation, d’une logique d’exclusion à une logique dynamique d’intégration, de la passivité à la participation ». Afin de mener à bien sa mission, il utilise toujours sa méthode : « faire circuler la parole et l’expérience d’un lieu à l’autre et stimuler ainsi la réflexion et l’élaboration collective » (p.226). En 1986, Schwartz effectue une synthèse de l’expérience avec les missions locales et en retire les caractéristiques suivantes : la proximité, c’est-à-dire la connaissance individuelle des jeunes, le rapprochement entre les jeunes et les institutions, la négociation et la responsabilisation des jeunes, un accueil globalisant, c’est-à-dire la capacité du conseiller à entendre l’ensemble de la situation du jeune, quitte ensuite à l’adresser à l’un de ses collègues plus spécialisé, la cohérence avec le cadre national, l’innovation, la concertation.

Que reste-t-il aujourd’hui dans nos structures de ces préceptes de base, mais également dans le champ de la formation professionnelle ? Des éléments fragmentés mais plus le cœur de la méthode. Selon L. Lambrichs, pour tirer les enseignements théoriques et pratiques, il faudrait maintenant que des chercheurs de toutes sortes, mais des chercheurs engagés sur le terrain prennent le relais de son invention, en s’inspirant de son trajet et en tentant d’en élaborer la théorie, qui relève d’une sorte de « clinique sociale » à l’aide de toutes les disciplines qu’en réalité il a mobilisé, parfois même sans le savoir (p.251).

Enfin, le pari de l’auteur était de traduire l’esprit de la démarche de Schwartz pour permettre au lecteur de « s’en imprégner, voire de s’en inspirer ». Il sera d’autant plus atteint si chaque professionnel travaillant en mission locale ou dans le champ de la formation professionnel se réappropriait et s’imprégnait de sa méthode afin de nourrir son quotidien et son rapport aux jeunes. En effet,  « la lutte contre les inégalités sociales et contre l’exclusion doit être, plus que jamais, une priorité, mais pas seulement une priorité de l’Etat, : une priorité citoyenne, partagée par tous » (p.241).

Quitterie Delanoë, Mission locale Intercommunale Sevran, Tremblay-en-France, Villepinte

"L’invention sociale. A l’écoute de Bertrand Schwartz",  Louise L. Lambrichs. Paris, Editions Philippe Rey, 2006

Compte-rendu des groupes Rhône-Alpes du 23 janv. 07

Aux questions posées lors des autres rencontres régionales, nous en avons ajouté une qui précédait : « qu’avez-vous envie de changer », la question : « pourquoi êtes-vous révolté » ?

Nous pensions que la réponse expliquerait les demandes de changements. C’est à cette question que nous avons reçu le plus de réponses.

Pour l’écriture du compte-rendu, nous avons mélangé les deux questions, mettant entre parenthèses, par la lettre « R », celles où il y a eu l’expression d’une révolte.

Le compte-rendu s'organise, selon la méthode que nous suivons depuis le début, autour de propositions de regroupement thématique, chacun des items faisant l'objet d'une note restituant les interventions.

Nous avons "entendu" les problèmatiques suivantes :

1.-Un état des lieux.

1.1.- La dévaluation du métier –

1.2.- Nous sommes instrumentalisés

       1.2.1.- Problème du temps – le rapport à l’ANPE 

      1.2.2.- Nos logiques ont changé      

      1.2.3.- Les problèmes avec les directions sont graves 

      1.2.4 – L’évaluation c’est n’importe quoi.

      1.2.5 – Le financement est catastrophique

      1.2.6.-Et le manque de concertation est réel

2.- L’Etat de la profession

2.1. - La conception de l’insertion s’est modifiée

2.2.- Le manque de reconnaissance

3. –Il y a des quantités de propositions

3.1.- Rénover la conception de l’innovation

3.2.- Faire participer les conseillers aux décisions

3.3.- Reprendre l’innovation

3.4.- Réformer les financements et les réseaux

3.5.- Réformer la gestion des Missions Locales

3.6.- Réflexion sur les statuts

 

GR 20. Un état des lieux.

1.1.- La dévaluation du métier –

º de moins en moins au cœur de la qualité ®

º on remplit les dispositifs au détriment des jeunes et de la recherche de parcours pertinents ; on doit jongler avec le dispositif. ®

º on fait de plus en plus de  chiffres et on remplit ®

º on devient une gare où nous sommes aiguilleurs ®

º nous devenons des entreprises qui construisent des boulons ®

º autrement dit, notre fonctionnement devient de plus en plus technocratique®

º le ressenti de moins en moins pris en  compte ®

º on est de plus en plus dans la prescription, de moins en moins dans la démarche des jeunes ®

º nous sommes de plus en plus soumis aux aléas politiques ®.

º nous n’avons plus le droit de penser et de progresser ,absence de débats ®

º pas d’analyse des pratiques pour changer sur les cas difficiles ®

º manque de réflexion sur les pratiques professionnelles ®

º nous perdons le sens de notre travail, et, du coup, on perd sons âme ®

º Et on se sent coupable ®